Eteignez-le four. Sortez la brioche.

Visite hebdomadaire de Yukiko chez le toubib pour Ryu 1.9b; il fait 2950 grammes. Le toubs a demandé à Yukiko de “le sortir cette semaine”. A plus de 3 kilos pour un nouveau né, Yukiko disait que les risques augmentaient peut-être rapidement (la morphologie des japonaises n’étant pas forcément habituée aux gros bébés). J’y crois qu’à moitié, mais pourquoi donc le toubs dirait une chose pareille? Je rappelle que la date prévue pour l’accouchement est censée être le 10 février. Pour rappel, Ryu faisait 3026g à la naissance, et il est né une bonne semaine en retard.

Et pendant ce temps, Ryu fait un ensemble de 8 puzzles à une pièce

Garçon ou fille, prenez les paris

Yukiko est allée faire sa visite bi-hebdomadaire chez l’obstétricien hier. Encore 1h30 de train aller et retour (total 3h, hein, je vous aide). Pauvre Yukiko avec un ventre énorme. Bon, il y en a qui au même état d’avancement prennent l’avion et viennent au Japon à partir de France, alors évidemment 3h de train ça fait petit joueur. Mais je m’égare.

Yukiko dans le train, était assise la plupart du temps. Bien sûr, c’est si en montant dans le train il y avait des places assises. Parce qu’à la correspondance pour la ligne Toyoko, il n’y avait pas de place assise et personne ne lui a laissé sa place. Il faut pas déconner non plus. Les places prioritaires handicappés/personnes âgées/blessés/femmes enceintes, c’est juste pour faire beau, quoi.

Bon, pas grand chose à dire de cette n-ième visite. Le bébé s’est retourné et est dans la bonne position. Ça me rappelle une grand-mère qui nous avait raconté qu’il fallait manger froid et s’assoir sur du chaud pour que le bébé se mette dans la bonne position, parce que le fœtus essaie de positionner sa tête là où il fait chaud. Marrant.

Pour le sexe du deuxième bébé, je dois quand même dire que l’énorme majorité des gens nous disaient qu’il s’agirait probablement d’une fille. Je sais pas sur quoi les gens se basaient, mais ils avaient un avis, ou plutôt ils prenaient les paris. Mauvaises prédictions, donc, puisque notre deuxième bébé sera notre deuxième garçon (aucun doute selon le toubs). On va enfin pouvoir se mettre à chercher un prénom.

Photo du nouveau bébé

Ce n’est pas toujours facile de bien comprendre qu’il y a un bébé dans le ventre de Yukiko (surtout pour Ryu). C’est vrai enfin, vu de l’extérieur, c’est très virtuel. On dit que les femmes deviennent parent aussitôt qu’elles sont enceintes, mais que les hommes ne le deviennent qu’ à la naissance; je commence  à trouver du vrai dans ce commentaire tout fait (n’existe-t’il qu’au Japon?), quoique ce fut sans aucun doute plus le cas pour Ryu que pour son petit frère ou petite sœur.

Alors, une photo aide à réaliser. Quand je parle de “photo”, je veux parler de l’image qu’on a à l’échographie.

echo

Enfin une bonne nouvelle

Yukiko souhaitait que je l’accompagne chez son obstétricien pour l’aider à le convaincre de lui donner un repos maladie, parce qu’il paraît que je leur fais peur. Pourtant je ne suis pas agressif quand je les rencontre; je ne fais que poser des questions de bon sens (genre “pourquoi votre médicament n’a pas donné de résultats?”). Mais l’obstétricien est loin, et je dois économiser les jours de congé, alors Yukiko y est allée seule. Mais tout s’est bien passé.

Alors le décollement de l’utérus de Yukiko a apparemment disparu, elle ne saigne plus (enfin). En gros elle se porte bien, mais dès qu’elle marche 5 minutes ou reste debout longtemps, des douleurs reviennent. Le médecin a jugé ça incompatible avec un travail de bureau, et lui a donné un mois de congé maladie, renouvelable (ça serait surprenant qu’elle se repose un mois et demi, et revienne au travail une semaine avant le début de son congé maternité…).

L’obstétricien lui a conseillé de déménager chez ses parents jusqu’à l’accouchement, pour les mêmes raisons que l’autre toubib avait énoncées: en cas d’accouchement prématuré, il vaut mieux être près de sa clinique. Mais Yukiko se sent bien et trouve ça trop tôt, donc elle va rester à Yokohama jusqu’à mi-décembre, et déménager à ce moment-là. C’est un mois plus tôt que ce qu’on avait prévu à l’origine, mais un mois plus tard que ce que le médecin préconise; un juste milieu. Ça veut dire qu’on va passer les fêtes de fin d’année chez mes beaux-parents. J’aime bien mes beaux-parents, donc ça ne pose pas de problème, mais leur maison est tout de même rudement moins confortable que la nôtre, et bien plus froide…isolation inexistante et léger chauffage uniquement dans la salle de séjour et les chambres… je vais vivre avec trois pulls, deux pantalons et 2 paires de chaussettes dans cette maison. Et la douche dans une pièce à 0 degrés, urkh… Ça va être folklo. Ça va me rappeler mon séjour en homestay à Kyoto en 1999 (hiver, températures négatives, on rentre à poil dans la salle de bains le matin, alors que la fenêtre est restée ouverte toute la nuit…).

Autre nouvelle, Ryu 2.0 a la tête en haut dans le ventre de Yukiko. Le toubs n’est pas plus inquiet que cela, et dit qu’avec quelques exercices, on devrait pouvoir inverser sa position d’ici à la naissance. Début des exercices dans deux semaines, au cas où il ne se serait pas retourné de lui-même.

Enfin, Ryu 2.0 cache son sexe. Impossible pour le toubs de le voir, malgré plusieurs angles de vue à l’échographie. Mince alors. Par contre, on a une superbe vue de son visage (que je n’ai pas encore eu le temps de scanner, ce sera pour un autre jour.)

Nouvelles du deuxième dragon

Ou plutôt de Yukiko, car le deuxième dragon se porte bien: il bouge et fait 1,5 kg.

Yukiko a eu des saignements hier. Après visite en urgence chez le toubs, on sait qu’elle a un décollement du col de l’utérus. Probablement dû au fait de soulever notre dragon de 12 kg à tout bout de champ. Un décollement du col n’est pas super rare selon ce qu’on peut lire sur Internet, même si c’est plus rare à un tel avancement dans la grossesse (je sais plus combien de semaines, mais environ 6 mois donc). C’est jamais bon signe de toute façon, et ça présage du pire si ça continue. A un tel avancement dans la grossesse, on ne parle plus de fausse couche mais de naissance prématurée, car le bébé aurait une chance de survie en couveuse.

Bref, on n’en est pas encore là. Pour le moment, c’est repos absolu pour Yukiko pour une semaine, avec interdiction d’aller travailler en premier lieu, et de ne rien faire d’autre que prendre sa douche, aller aux toilettes et manger. On vient de passer deux jours à ce rythme, et je suis crevé. Retourner au travail demain va me sembler être des vacances. Ryu, lui, n’apprécie pas du tout du tout que ce soit papa qui fasse tout. Je suppose que c’est parce qu’entre hommes, on se comprend 😀

Trêve de blagues. On espère que tout va bien se passer pour le 2e dragon (on sait toujours pas si c’est une fille ou un garçon, pour ceux qui voudraient le savoir).

Quelques considérations bassement matérielles, pour l’anecdote.

Si le toubib trouve que l’état de Yukiko est trop instable, il peut décider de faire une césarienne. Et il paraît (j’ai plus le temps de vérifier quoi que ce soit, hein, vous m’excuserez) que la césarienne est remboursée par l’assurance maladie… alors qu’un accouchement normal ne l’est pas. Je vois bien la logique dans le raisonnement, mais je suis pas sûr que cela colle bien à la réalité des choses.

Sinon, après vérification par Yukiko, la loi au Japon ne force pas les compagnies (ou qui que ce soit) à payer le salaire en cas de congé maladie (je croyais pourtant… mais apparemment non). Donc, si on est malade ou blessé, même un truc grave qui nécessite plusieurs jours/semaines/mois d’hospitalisation, il faut prendre sur ses congés. Plus de congés? Alors c’est congé sans solde. Trop longtemps en congé? Alors la compagnie peut vous licensier. Bon mais, les compagnies souscrivent (ou pas) des assurances pour ces cas-là. Selon les mutuelles (parce que ce sont vraiment des mutuelles à ce niveau, enfin je trouve), les conditions de remboursement, durée, etc sont différentes. Yukiko a la chance d’être dans la filiale d’une grosse boite et de bénéficier des avantages de la grosse boite; a-priori, les congés maladie de plus de 3 jours sont payés à 80% du salaire, mais on ignore la durée maximum de ce remboursement. Moi, je m’étais renseigné dès le début dans ma boite; c’est remboursé à 100% pendant un an maximum (sauf les bonus…). Un véritable luxe. Pour Yukiko, si on s’en tire avec 80% du salaire d’ici au début de son congé maternité, on sera content (car au pire elle va devoir se reposer jusqu’à l’accouchement). J’ai donc une pensée pour la majorité de la population au Japon, qui ne travaille pas pour des grosses boites, ou du moins pas en CDI ou CDD, et qui ne bénéficie de rien du tout au sujet de l’assurance maladie.

Enfin pour finir, Yukiko doit accoucher dans une clinique près de là où habitent ses parents, et c’est à 2h en voiture. Que fait-on si elle perd les eaux? Prendre le risque de faire deux heures de voiture avant de se faire examiner, c’est pas glop du tout. On aime les challenges, mais pas au point de faire un pari sur la vie de 2 personnes. Et après la vague de scandales d’il y a quelques années au Japon, on se doute qu’aucun hôpital du coin (ou de n’importe où) ne voudra la prendre en urgence sans avoir suivi sa grossesse (la réponse habituelle étant “tu peux crever”, ce qui effectivement arrive peu de temps après en général). Ben oui, c’est pas parce qu’il y a eu quelques scandales que les choses ont changé. Personne n’a été viré à l’époque, personne n’a même été inquiété, et ce ne sont pas les quelques procès avec quelques millions de yens à la clé qui auront changé quoi que ce soit. Il faut bien plus pour faire changer les choses, surtout au Japon.

Voyage en France (suite et fin)

(les photos ne sont pas du voyage en France [sauf celle de la cathédrale]…après 3 mois, ça aurait fait bizarre sinon)

Peu de choses à dire pour la fin du voyage en France de juin dernier, mais pas les moins importantes.

La fin du voyage fut tranquille, comme le début. Yukiko voulait absolument retourner dans la boutique Max Mara de la rue Crébillon, où elle fait des affaires à chacun de nos voyages à Nantes. Mais voilà que le dit magasin fermait quelques semaines plus tard et bradait à tour de bras. Yukiko a trouvé une paire de bottes bradée à 80%. Elle essaie la paire de couleur noire, puis celle de couleur marron. Les deux à la bonne taille, les deux seules paires qui restent dans le magasin. Elle dit “je les prends”, et la vendeuse “la paire noire ou la marron?”. Ahahah. “Ben les deux” répond Yukiko, tandis que ma visa manque de fondre dans mon portefeuille en entendant ça.

La promenade dans Nantes fut globalement bonne. Rues désertes, magasins vides, mais terrasses pleines. On a trouvé un magasin de jouets très chouette, avec des voitures pour enfants que Ryu a adoré. Pas super chères, mais impossible à mettre dans une valise. Beaucoup de gens furent très gentils avec Ryu, en particulier quand celui-ci s’intéressait à leur chien.

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Ryu adore l'eau (sauf quand on lui fait un shampooing)

Cela faisait quelque temps que Yukiko me disait qu’elle était “en retard”, et depuis notre arrivée en France Yukiko avait pas mal de nausées. On a mis quelques jours à se dire “Et si?”. Un tour à la parapharma, et hop! Deux lignes verticales scellent notre destin pour les années à venir. Rares sont ceux qui apprennent qu’ils attendent un enfant durant leurs vacances à l’étranger. On entend souvent des femmes dire “je suis tombé enceinte pendant ma lune de miel” ou “pendant notre week-end à xxx” (je me demande comment elles font pour savoir avec une telle précision), mais jamais “j’ai appris que j’étais enceinte pendant nos vacances en France”.

On devait prendre le train de Nantes pour aller à Roissy et sauter dans l’avion pour le Japon, mais avec un départ à 6h du matin et un Ryu prêt à être en forme dans l’avion, on s’est dit qu’il vaudrait mieux y aller un jour avant. Mes parents nous ont proposé de nous accompagner en voiture, et c’est ce qu’on a fait.

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En blanc: les parties rénovées. En noir: le reste.

Un tour par Chartres pour voir la cathédrale que mon beau-père souhaiterait absolument voir; on l’a vue pour lui. Et ça nous a mis en retard pour l’arrivée à Paris. Résultat, on est arrivé en pleine heure de pointe, un vendredi soir. Oops.

J’ai conduit sur le périphérique, et ce fut du sport. Regarder les portes défiler en priant qu’on ne rate pas la bonne, éviter les bagnoles en panne en plein milieu du périf’, les queues de poisson, les appels de phares, les coups de klaxon, tout ça fut terriblement… amusant au final. Ça ne s’est pas mal passé, j’attendais quelque chose de bien plus violent; la lucarne offerte par les journaux en ligne français ont biaisé ma vue, c’est certain.

L’aéroport de Roissy est toujours aussi froid, sale, bruyant, plein de courants d’air. C’est toujours le bordel lors du passage des détecteurs (comme dans tous les aéroports?). Les gars de la sécurité m’ont toujours pris la tête à ce passage à Paris, mais là, non. Grosse surprise. Le gars en charge de mon couloir m’a fait ouvrir les bagages car j’y avais un bocal de nutella, interdit en cabine (je ne le savais pas, mais ce ne sont pas que les liquides qui sont interdits; les pâtes en tous genre comme le dentifrice ou le nutella aussi). Le gars était bien embêté car la règle disait qu’il devait me le confisquer, mais lui n’avait pas envie de me priver de nutella. Il a hésité, demandé leur avis à deux de ses collègues (l’une très sympa dit “mais rends-lui donc”, l’autre gros con dit “la règle est la règle, on transige pas!”), m’a parlé un peu, m’a bien regardé, etc, et me l’a rendu. Allez, le gars m’a profilé, il y a des pays dont c’est la technique pour scruter les passagers et repérer les terroristes. Il s’est dit qu’il n’y avait pas de risques avec moi. Merci à lui, et en plus il a gardé le sourire d’un bout à l’autre sans me faire de morale à la con.

Ryu dans l’avion avait la pêche, comme prévu. Pendant que tout le monde essayait de se calquer sur le rythme japonais et de dormir, Ryu vivait au rythme français (journée), et n’a pas du tout dormi. Ryu a découvert les merveilles du cri strident, une première. Il a aussi fait les couloirs de l’avion dans leurs longueurs, de tout au fond, jusqu’au tout devant la classe économique (heureusement, il n’a jamais osé franchir le rideau séparant les classes affaires et éco). Ça fait de sacrés longueurs, mine de rien. Il allait tout au fond, disait coucou aux hôtesses, puis repartait devant aussitôt, en prenant appui sur les genoux des gens assis “côté couloir” ou sur leur repose-bras, parfois en se prenant un repose bras dans l’épaule, perdant l’équilibre et s’écroûlant par terre, à cause d’un mouvement brusque de l’avion. Mais il se remettait debout sans rien dire et repartait de plus belle. Il y avait une autre famille franco-japonaise dans l’avion, avec deux petites filles de 4 et 6 ans, qui ont été aussi très gentilles avec Ryu. On n’a eu aucune plainte des 4 personnes âgées dans le rang à côté de nous, alors qu’elles essayaient de dormir et que Ryu poussait ses cris stridents. Après leur réveil, elles lui ont même fait des coucous plein sourire, sympa non? Ryu les a totalement ignoré bien sûr (dans le genre “qu’est-ce qu’ils me veulent eux?”), j’étais navré pour eux.

Dans l’ensemble, un voyage formidable, où on a rencontré une quantité de gens sympas dans des proportions que je n’avais jamais vues. On a bien mangé, on est pas mal sortis, on a vu la mer, des animaux, on a profité du soleil et du jardin de mes parents. Excellent voyage!

Ryu prêt à enfourcher son vélo
Ryu prêt à enfourcher son vélo