La clé

Automne 1990, Lycée Jean Perrin

Le lycée ne fut pas drôle pour moi (j’en reparlerai peut-être dans le futur), il y avait comme une perte de temps considérable tous les jours, tout le temps. Le midi par exemple: on finissait les cours au plus tard à 12h, la cantine finissait 30 minutes plus tard, et on devait attendre la reprise des cours au plus tôt à 13h30.

Quand il faisait beau on pouvait être sur la pelouse dehors ou sur un banc, mais en automne/hiver il faisait froid… on se réfugiait alors dans le bâtiment où il y avait les salles de classes. Les couloirs étaient de vrais courant d’air, et les salles de classes fermées à clé 90% du temps. Pour couronner le tout, on n’avait pas le droit d’être dans ce foutu bâtiment en dehors des heures de cours, sûrement par peur des dégradations. Alors des fois on se faisait attraper dans les couloirs (“sortez d’ici!”), mais quand on trouvait une salle de classe ouverte, personne ne nous débusquait et on était au moins tranquille et au chaud. Mais comme elles étaient fermées la plupart du temps, ça n’arrivait pas souvent.

*         *         *

Ce jour de la semaine, nos cours commençaient à 9h (le lycée commençant à 8h), par un cours d’anglais. Mon meilleur pote du moment devant prendre un bus qui l’amenait au lycée à 7h45 (la joie d’habiter à 20 km du lycée), et moi n’ayant pas forcément d’intérêt à arriver tard, on se retrouvait souvent devant la porte de la classe entre 8h et 8h15, et on restait là à attendre et à discuter de choses de notre âge jusqu’à 9h.

Ce jour-là, vers 8h15, on était arrivés devant la porte de la classe comme d’habitude, mais étions restés devant la porte à fixer sa serrure: un trousseau de clés y pendait. La prof qui faisait cours à ce moment à l’intérieur de la classe (notre prof du cours de 9h) avait ouvert la porte à 8h, fait rentrer tous les élèves, et avait refermé la porte derrière elle… en oubliant de reprendre sa clé et le trousseau.

Après 5 minutes pour se donner du courage, on a retiré la clé touuuuut doucement de la serrure, pour que la prof à l’intérieur ne l’entende pas. Puis on a filé hors du lycée, dans le Mister Minit qui lui faisait face. On a fait faire un double en 5 minutes (c’était une clé toute conne bien sûr), puis sommes retournés devant la salle de classe.

A 9h, la salle s’est vidée de ses élèves du cours de 8h, puis nous et nos camarades de classe sommes rentrés. Je me suis dirigé vers la prof et lui ai donné son trousseau de clé “Madame, vous avez oublié vos clés sur la serrure”. Et la prof de répondre: “Ah merci, je ne suis vraiment pas du matin”. Elle était sympa cette prof.

Je ne me rappelle plus son nom, mais c’était le genre de prof dont personne ne se rappelle. Ne serait-ce que pour cette anecdote, je ne me serais sans doute pas rappelé d’elle. Elle était sympa et sérieuse, dans la cinquantaine, pas à faire chier les élèves, mais pas non plus à essayer de motiver les derniers de la classe. Elle faisait son travail, ni plus ni moins, et ne voulait pas d’emmerdes. Accessoirement, de tous les profs qui nous ont montré des vidéos ou films pendant leurs cours, c’était la seule à nous avoir montré des truc biens: Witness et Mississipi burning.

Grâce à elle, bien qu’involontairement, moi et mes potes avont pu passer tous nos midis de froides journées dans les salles de classes chauffées, jusqu’en 1993.

Elle m’a aussi permis d’avoir cet excellent souvenir d’avoir fait en cachette un double de la clé d’un prof et de m’en etre servie des dizaines ou centaines de fois, ce qui n’est quand même pas donné à tout le monde.

This entry was posted in Souvenirs, souvenirs. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published.